Emilia dort enfin. La maison se tait. Je m'écroule dans le canapé avec cette fatigue de père qui n'est pas vraiment une fatigue. Plutôt une reddition.
J'ouvre ma liste. Je ne lis pas les titres, je laisse le hasard trancher. Disco Boy. Jamais entendu parler.
Un nom que rien dans ma vie ne m'aurait conduit à taper un jour.
Les premières images arrivent. Un type qui traverse une frontière dans le noir, de l'eau, des corps. Au bout de 10 minutes, je ne suis plus dans mon canapé. Quelque chose s'est ouvert.
C'était l'autre soir. Un film que je n'aurais jamais choisi. Et il m'a cueilli.
Je n'ai pas décidé que ce film me plairait. Il m'est tombé dessus.
Et c'est exactement ça qui m'a fait tiquer, après, une fois le générique passé, dans le silence. Pourquoi ça marche ce soir, et pourquoi ça ne marchait jamais avant ?
Parce qu'avant, je choisissais. Avant Emilia, mes soirées avaient une autre texture. Je pouvais passer des heures à choisir.
Le pouce qui descend, les vignettes qui glissent, une rangée, puis une autre, puis encore une autre. Des affiches, des notes, des résumés de deux lignes. Je lisais, je comparais, j'ouvrais trois onglets dans ma tête, je pesais.
Et tu sais comment ça finissait ? Soit je lançais un film qui ressemblait aux quatre derniers que j'avais aimés. Soit je fermais l'écran sans rien lancer, vaguement écœuré, en me disant que je regarderais mieux demain.
Tout le cinéma du monde, et toujours le même film
Ces heures-là, je croyais choisir. En réalité je versais ma seule ressource rare, l'attention, dans une machine qui ne me rendait rien. Herbert Simon l'avait écrit dès 1971, bien avant qu'on invente le scroll :
« Une abondance d'information crée une pauvreté de l'attention. »
— Herbert A. Simon, Designing Organizations for an Information-Rich World, Johns Hopkins University Press, 1971
Le choix était total. Infini. Tout le cinéma du monde à portée de pouce.
Et il me ramenait toujours au même endroit. À moi.
Le paradoxe du choix ne tient plus
Le truc que je n'ai pas vu pendant des années. Je croyais mon problème ailleurs : le manque de temps, l'algorithme, la paralysie du choix, ce fameux paradoxe dont tout le monde parle. Trop d'options, je n'arrive pas à décider, je décroche.
Sauf que non.
La fameuse étude des confitures, celle qu'on ressort partout pour prouver que trop de choix paralyse, ne tient plus. En 2010, des chercheurs ont repassé ensemble une cinquantaine d'expériences sur le sujet. Effet moyen quasi nul. Et impossible de retrouver le résultat quand on refait les tests.
Quand d'autres chercheurs ont repris le dossier quelques années plus tard, ce qui restait debout, ce n'était pas le nombre de pots. C'était l'incertitude sur ce qu'on veut, et la manière dont le rayon est construit.
Le rayon. C'est là que ça m'a frappé.
Je me baladais dans un supermarché géant, des allées à perte de vue. Mais les rayons, c'est moi qui les avais remplis.
Avec mes goûts. Mes réflexes. Mes angles morts. Je retombais sur du déjà-connu.
Le vrai problème n'était pas la quantité d'options. C'était moi, qui remplissais toujours la liste.
On ne se surprend pas soi-même. C'est structurellement impossible.
Tu mélanges tes propres cartes
Et c'est là que ça devient intéressant, parce que le remède qu'on te vend partout vise à côté. Sors de ta bulle. Laisse-toi surprendre par le hasard.
Mets ton Spotify en lecture aléatoire, clique sur un article au pif, lance le mode shuffle de ta vie. Le hasard, le hasard, le hasard. Comme si le geste de tirer au sort était magique en soi.
Prends un paquet de cartes. Bats-le mille fois. Tu ne feras jamais sortir une carte qui n'était pas dedans.
Tirer au hasard dans une liste que tu as toi-même remplie, c'est ça : mélanger tes propres cartes. Ça ne surprend personne.
Les chercheurs qui étudient les heureux hasards en font même une distinction de fond. Un hasard qu'on s'injecte soi-même, dans son propre système, cesse aussitôt d'être vécu comme du hasard.
Le hasard ne crée rien. Il révèle ce qu'il y avait déjà dans le vivier.
Le Vivier. C'est le mot que je garde. Un vivier, c'est ce bassin où on garde le poisson vivant en attendant de le pêcher.
Ce que le hasard en sort dépend de qui l'a rempli. Si c'est toi qui as mis les poissons, tu pêcheras tes poissons. Le geste de la pêche n'y change rien.
La surprise ne vit pas dans le tirage. Elle vit dans la main qui a composé l'avant.
Le hasard, c'est l'étape bête

Trois pièces de monnaie, lancées six fois. C'est comme ça que John Cage, en 1951, écrit Music of Changes. Il tire au Yi King, le livre des mutations, pour décider de la hauteur, de la durée, du silence.
C'est cette image-là qu'on a gardée de lui. Le compositeur qui a fait entrer le hasard dans la musique. On en a fait un apôtre du laisser-faire, du n'importe quoi contrôlé.
Sauf qu'avant de lancer la première pièce, Cage a passé des semaines à composer à la main des grilles entières. Des dizaines de sons, de durées, de dynamiques. Ces sons-là, il les écrit librement, sans le moindre recours au hasard.
Les pièces ne font que piocher dans ses propres grilles. Le hasard n'invente pas un seul son. Il arrange ce que la main a préparé.
Il choisissait l'espace des possibles avec une précision maniaque, et ensuite seulement il laissait le dé rouler. Lui-même disait se servir du hasard comme d'une discipline : son choix à lui, c'était de choisir quelles questions poser. Sa liberté n'était pas dans le lancer. Elle était dans la composition de ce qui pouvait sortir.
Le hasard, chez Cage, c'était l'étape bête. L'étape intelligente, celle qui faisait tout le travail, c'était la main qui remplit. Soixante-dix ans plus tard, on a gardé le dé et oublié la main.
Et Cage n'a rien d'une exception. Stravinsky, qui n'avait aucun goût pour le hasard, le disait à sa manière :
« Ma liberté sera d'autant plus grande et plus profonde que je limiterai plus étroitement mon champ d'action et que je m'entourerai de plus d'obstacles. »
— Igor Stravinsky, Poétique musicale, Harvard University Press, 1942
Perec a écrit un roman entier sans la lettre e, la plus fréquente du français. La contrainte n'a pas étouffé le livre, elle l'a fait exister. Brian Eno, lui, monte des systèmes qui font de la musique avec des matériaux qu'il spécifie, dans des combinaisons qu'il ne décide pas.
Un compositeur, un écrivain, un producteur. Trois époques. Le même geste.
Une main remplit. Un dé tire.
Se suffire, non ?
Alors je sais ce que tu vas me dire. Je me le suis dit à moi-même, parce que c'est le genre de raisonnement qui me hérisse.
Déléguer le remplissage de ta liste à des inconnus, ce n'est pas gagner en liberté, c'est sous-traiter ta bulle à la leur. Tu remplaces ta cage par une autre cage.
Un goût qui a besoin qu'on le nourrisse du dehors, ce n'est pas un goût, c'est une dépendance.
Et l'objection ne s'arrête pas là. Celui qui remplit ton bassin ne te tend pas des poissons neutres que ton goût trancherait ensuite, intact. À force, ce qu'on verse dans ton Vivier déteint sur ce qui te fait vibrer.
Donne quelques mois à une main étrangère et ce n'est pas seulement ta liste qui change, c'est ton frisson qui glisse vers le sien.
La main qui remplit ton bassin choisit déjà ce que tu trouveras beau.
Alors la belle distinction que tu t'apprêtes à me servir, composer d'un côté, juger de l'autre, elle ne tient pas. La source fuit dans le verdict.
Déléguer tes entrées, ce n'est pas ajouter du bruit à ton goût. C'est désapprendre, lentement, à chercher par toi-même. Jusqu'à ce que le muscle qui juge ne sache plus travailler sans qu'on le nourrisse.
Et puis, moi le premier, je suis multiple. Il y a dix personnes en moi, dix obsessions, dix versions de moi à dix âges. Je peux créer mon propre bruit sans aller mendier chez les autres.
La souveraineté, c'est de se suffire.
Non ?
Le frisson reste à moi
C'est l'objection la plus sérieuse et je ne veux pas la balayer. Elle touche quelque chose de vrai.
Le philosophe Duncan Pritchard en fait même un seuil précis. Confier une partie de sa pensée au dehors reste vertueux. Jusqu'au point exact où ça entame ta capacité à te diriger toi-même. Au-delà, l'autonomie est perdue.
Et je vais aller plus loin que l'objection, parce qu'elle a raison sur un point que je ne veux pas maquiller. Oui, la main qui remplit finit par déteindre sur le verdict. Un bassin nourri longtemps par les mêmes mains courbe le frisson vers leur goût.
La ligne que je trace entre composer et juger n'est pas un mur, c'est une membrane : la source suinte dans la réception. Je le sais d'autant mieux que c'est ce qui m'arrive, et j'y reviendrai à la fin.
Sauf que cette concession ne me ramène pas à l'autosuffisance. Elle me l'interdit.
Si la source déteint sur le verdict, alors la pire des sources, c'est une seule main qui remplirait pour toujours. Et cette main-là, je la connais : c'est la mienne.
Un Vivier que je remplis seul, c'est le seul cas où la source et le juge sont la même personne. Là, plus rien ne vient jamais contrarier le verdict.
Ce que l'objection réclame, ce n'est donc pas de garder la main. C'est d'en inviter beaucoup, des mains qui n'ont pas eu ma vie. Assez nombreuses et assez étrangères pour qu'aucune ne puisse à elle seule recourber mon goût.
Une source plurielle, c'est du bruit qui ne peut pas se figer en rainure.
Alors repense au canapé. Disco Boy aurait pu m'ennuyer à mourir, et dans ce cas je l'aurais éteint au bout de 20 minutes sans états d'âme. Personne n'a décidé à ma place que ce film était bon. Quand je laisse des inconnus remplir ma watchlist, je ne leur délègue pas mon jugement.
L'objection confond deux choses qu'il faut séparer. Il y a composer le Vivier, et il y a juger ce qu'on en tire.
Ce qu'on a rempli pour moi, ce n'est pas mon verdict, c'est le champ des possibles. Et ce verdict ne s'use que si j'arrête de m'en servir. Le jour où je déléguerais la sentence, le muscle s'atrophierait pour de bon. L'exercer à chaque film, c'est ce qui l'empêche de se ramollir.
Mon goût, lui, n'a jamais quitté mon corps. Je sais bien qu'il n'est pas tombé du ciel, qu'il traîne derrière lui mon milieu, mon époque, tout ce qui m'a fabriqué.
Mais un verdict qui a une histoire reste le seul instrument que j'aie. Et il est plus à moi que ne le sera jamais la liste qu'un inconnu remplit à ma place.
Je délègue la composition, pas la sentence.
C'est la vieille phrase de Pasteur, celle qu'on récite de travers :
« Dans les champs de l'observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés. »
— Louis Pasteur, discours à l'Université de Lille, 1854
L'événement, tu peux le déléguer. L'esprit qui le reconnaît, jamais.
Et là, la souveraineté ne disparaît pas. Elle se déplace. Elle n'est plus dans l'illusion de l'autosuffisance, elle est dans le renoncement choisi.
Les psychologues de l'autonomie, Deci et Ryan en tête, le disent sans ambages. Être autonome, ce n'est pas avoir le plus d'options possibles. C'est adhérer pleinement à ce qu'on fait.
C'est beaucoup plus souverain de lâcher le volant que de s'agripper à un volant qui tourne en rond.
Mais attention au malentendu, il est important. Déléguer le remplissage, ce n'est pas rendre les clés à l'algorithme. On croirait que c'est pareil, que l'un comme l'autre te retire la main.

Sauf que l'algorithme ne remplit pas ton Vivier avec une vie qui n'est pas la tienne. Il le remplit avec la tienne. Avec ce que tu as déjà cliqué, fini, revu.
Il te sert une version de plus en plus précise de toi-même. Et chez Spotify ils ont même un mot pour ça : la tautologie du goût. Le système te ramène à ce que tu es déjà.
Pire, il optimise ce qui te retient, pas ce qui te bouscule. C'est pour ça que ta liste de films « à voir » déborde de documentaires exigeants que tu ne lances jamais. Chez Netflix, on appelle ça le goût aspirationnel, et on sait que ton comportement réel dément ta watchlist.
La différence est tout entière là. L'algorithme compose depuis ta source à toi. Une main humaine qui n'a pas eu ta vie compose depuis la sienne. C'est la seule qui peut mettre dans ton bassin un poisson qui n'y serait jamais entré.
Vers trente ans, le goût se fige
Et quand c'est toi seul qui remplis ton Vivier, le danger n'est même pas de te tromper. C'est pire que ça.
Il y a une idée que je n'arrive pas à lâcher. Je l'emprunte à David Deutsch : le parochialisme, la vision de clocher. Prendre les régularités de son petit coin pour les lois de l'univers. Deutsch parle de nos théories sur le monde, pas de nos goûts, mais le mouvement est le même.
Le risque, quand ton Vivier n'est plus alimenté que par toi, ce n'est pas de faire de mauvais choix à l'intérieur. Tu fais d'excellents choix. Précis, de plus en plus justes.
Le risque, c'est que tu finisses par prendre ton Vivier pour le monde.
Il a cessé d'être ce que tu regardes pour devenir ce avec quoi tu regardes. Ton propre sol invisible. Et un sol invisible, seul quelqu'un qui n'a pas eu ta vie peut encore te le montrer.
Tu ne sais même plus qu'il existe un dehors.
Les films que tu n'aurais jamais choisis cessent d'exister pour toi. Non pas parce que tu les as rejetés, mais parce qu'ils ne sont jamais entrés dans ton champ de vision.
Un goût qui ne se trompe plus jamais, ce n'est pas un goût maîtrisé. C'est un goût qui a cessé de recevoir du bruit.
L'infaillibilité n'est pas un sommet. C'est un symptôme.
On me dira qu'un goût fin se construit justement en se spécialisant, en resserrant, pas en s'ouvrant à tout vent. C'est vrai. Mais ça resserre le jugement, pas l'approvisionnement : le dégustateur affûte son palais sur des milliers de vins qu'il n'a pas choisis. On affine la sentence en rétrécissant, on ne rouvre la source qu'en l'élargissant.
Popper l'a répété toute sa vie. Le jour où plus aucune erreur ne vient te contredire, ce n'est pas que tu as atteint la vérité. C'est que tu as débranché la seule machine qui apprend : la correction.

Et ce moteur-là s'arrête à un âge qu'on peut presque dater. Quand on épluche les données d'écoute, la découverte de nouvelle musique culmine vers 24 ans. Puis les goûts se figent pour la plupart au début de la trentaine.
Il y a même un nom pour ça, qu'on n'a pas inventé pour rire : la paralysie musicale.
C'est le bruit du moteur qui s'est arrêté.
Ce qui m'a sauvé, c'est un vol
Le soir, maintenant, il n'y a plus ces heures-là. Il y a Emilia qui dort enfin, la maison qui se tait. Et moi qui m'écroule dans le canapé avec ce qui me reste.
Pas le temps de faire défiler une rangée de vignettes, encore moins trois. Pas la force de comparer, de peser, d'ouvrir des onglets dans ma tête.
Il faut un film tout de suite, ou pas de film du tout. Tu connais peut-être ce moment-là. Quand la journée t'a tout pris et qu'il ne reste plus qu'un oui ou un non.
Alors qu'est-ce qui m'a sauvé ? Et c'est là que je rigole, parce que ce n'est pas une méthode, ni une discipline, ni un hack que j'ai lu quelque part.
C'est Emilia.
Ma fille a emporté avec elle le temps de scroller. Et cette perte sèche m'a forcé à préparer un Vivier d'avance et à tirer dedans à l'aveugle.
Sans le savoir, j'avais signé un contrat d'Ulysse. Le marin se fait attacher au mât pour ne pas céder aux sirènes.
Et Jon Elster a passé un livre à montrer à quel point ce geste est rationnel : lier d'avance le moi qui, le moment venu, céderait. Moi, j'avais lié à l'avance le père du soir qui, laissé libre, aurait encore scrollé des heures.
Et ce n'est pas une consolation de père fatigué. Quand des psychologues ont épluché les études sur le bien-être des parents, ils ont trouvé une chose. Le temps que l'enfant prend ne se paie pas toujours en malheur.
Tout dépend de ce qu'on garde comme prise sur la structure. Le vol ne sauve que s'il force une forme.
Je n'ai pas eu une révélation. J'ai eu une contrainte. On m'a volé quelque chose, et ce vol m'a rendu ce que l'abondance m'avait pris sans que je m'en aperçoive.
Ce n'est pas d'avoir plus choisi qui a rouvert mon goût. C'est d'en avoir manqué.
Moins de liberté, plus de surprise.
Ma liste déborde de films que je n'aurais jamais choisis
Ma watchlist Letterboxd, aujourd'hui, est remplie de recommandations d'inconnus. Disco Boy, Victoria, Judas and the Black Messiah, The Commitments, Rush. Cinq films que je n'aurais jamais alignés de moi-même.
Je ne les ai pas choisis, je les ai seulement réunis. Ce que j'ai choisi, c'est de ne plus choisir le film du soir.
Donc le geste, le vrai, le minuscule, celui que tu peux poser dès ce soir. Ce n'est pas de télécharger une appli de recommandation. Ce n'est pas d'ajouter du hasard à ta vie. Tu en as déjà, du hasard, et il ne te surprend pas.
Le geste, c'est de re-confier le remplissage de ton Vivier à des gens qui n'ont pas eu ta vie.
Pas ton âge, pas ton pays, pas tes blessures. Et ensuite de t'interdire de choisir dans le tirage.
L'eau se trouble
Il reste une dernière chose, celle que je découvre en ce moment même.
À force de regarder ces films tirés au hasard, d'en aimer certains, j'ai pris une habitude. Quand un de ces films me cueille, je vais voir, je cherche, j'ajoute d'autres titres qui lui ressemblent. Les miens, cette fois.
Et lentement, sans que je le décide, la liste se remet à pencher vers moi. L'eau se trouble. Les surprises se raréfient. Le Vivier redevient le mien, ce bassin tiède où je ne pêche que mes propres poissons.
Un Vivier, ça s'envase.
Ce n'est pas un état qu'on atteint une fois pour toutes. C'est une eau qu'il faut renouveler.
Ce soir, quand Emilia dormira et que la maison se taira, je retomberai dans le canapé. Même fatigue, même geste. Je laisserai le hasard trancher, comme l'autre soir. Sauf que je sais maintenant ce qui nage dans la liste : de plus en plus de mes choix à moi.
Alors avant de lancer quoi que ce soit, je chercherai quelqu'un qui n'a pas eu ma vie.
Et je lui tendrai le seau.