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On crée 90x plus de données qu'en 2010. Pendant ce temps...

99% de l'information que tu consommes contribue inévitablement à détruire ta pensée critique. Et je ne parle pas que du contenu court : cela s'applique à tout type de contenu informationnel : livres, formations et j'en passe. À la racine de ce problème, la cause est comme toujours systémique.

Le point de bascule de l'accélération informationnelle

Au cours des 15 dernières années, la quantité d'information disponible a augmenté drastiquement. Il ne s'agit pas d'une croissance en ligne droite. C'est une exponentielle, qui témoigne de l'accélération constante de notre capacité à produire de l'information.

Mais l'abondance informationnelle est-elle une mauvaise chose ? Herbert Simon a une très bonne analogie pour comprendre le modèle mental de l'abondance, dans quelque contexte que ce soit.

Imagine recevoir un couple de lapins à Noël. Comme tout bon propriétaire de lapins, tu en prendras soin et les nourriras à l'aide de carottes de première qualité ! Si tu ne prends aucune mesure préventive, tu te retrouveras vite avec une abondance de lapins. Très chouette, mais une abondance de lapins entraîne... une pénurie de carottes !

C'est le modèle à retenir : toute abondance entraîne une pénurie. Et donc, une abondance d'information entraine une pénurie d'attention.

Une fois en situation de pénurie, il existe deux approches.

On peut :

Actuellement, la plupart d'entre nous ne sommes pas équipés pour faire face à l'abondance informationnelle. On peut dont requalifier celle-ci en surcharge informationnelle, créatrice de pénurie d'attention.

Et pour couronner le tout en surcouche, une partie du problème prend racine bien avant la consommation de l'information.

La dégradation progressive de l'information

Entre le moment où elle est diffusée et le moment où elle est consommée, l'information est altérée à de multiples reprises.

Pour commencer, tout diffuseur d'information a un agenda, un narratif qui lui est propre. Moi-même avec cette newsletter, j'ai un objectif. Te faire réfléchir, changer ta perception sur certains sujets, te transmettre mes découvertes et mes réflexions... Parmi les agendas que viennent supporter bon nombre des informations diffusées, on peut retrouver : la vente, la persuasion, la diffusion d'une idée originale. Mais dans tous les cas, l'information transmise est déjà altérée et ne correspond pas précisément à ce qui existait dans la tête de son émetteur.

Ensuite, c'est le medium de diffusion qui va transformer le message. Une même idée va se décliner différemment.

Par exemple :

Un danger supplémentaire pour le diffuseur est de se cantonner à un seul format et de tomber amoureux de son propre reflet. Et tout comme Narcisse, de se rertrouver fasciné par l'image que tel ou tel medium lui renvoie.

Jusqu'à en oublier la teneur du message d'origine.

Pour finir, la plupart des idées n'arrivent pas directement de l'émetteur jusqu'au receveur. Elles sont le plus souvent relayées, répétées et déformées par de multiples interlocuteurs qui y ajoutent leur propre agenda, les recrachent sur un autre medium et ajoutent par-dessus une couche de narcissisme.

Pas étonnant donc que le message final qui arrive jusqu'à toi soit largement altéré.

Ta pensée critique est une passoire

Ok. Le message est arrivé jusqu'à toi, largement altéré. Tu es dans un état de pénurie d'attention : cela signifie que ton cerveau va tout faire pour se reposer et recharger sa réserve d'attention. Donc éteindre ses fonctions critiques et consommer passivement.

Concrètement, on va :

  1. Accepter plus facilement les vraisemblances, parfois à tort. Souvent, un argument rhétorique utilisé est une simple vraisemblance. Et c'est totalement normal ! On ne peut pas tout justifier et réinventer la roue à chaque discours. Mais certaines vraisemblances s'abritent derrière l'argument d'autorité, alors qu'elles sont fallacieuses et employées uniquement pour servir l'agenda de l'émetteur.
  2. Utiliser nos stéréotypes sans y réfléchir à deux fois. Les stéréotypes sont une bonne chose : ce sont des images mentales qui nous permettent de simplifier le monde et donc de mieux naviguer l'abondance informationnelle. Mais ils nécessitent de bons automatismes afin de savoir les mettre en pause lorsque leur utilisation n'est pas pertinentes. Et lorsque notre réserve d'attention est basse, nous avons naturellement tendance à trop reposer sur eux.

Vers une consommation plus éveillée

Maintenant qu'on a isolé les différents éléments qui endorment notre pensée critique, récapitulons et cherchons des solutions.

La pénurie d'attention

Pour mieux naviguer la pénurie d'attention, il y a comme nous l'avons dit plus haut deux moyens :

  1. Améliorer l'efficience de notre consommation : lire mieux, plus vite... On peut aussi consommer des résumés ou des condensés, mais cela a un prix : on ajoute un relai supplémentaire dans notre usine d'information
  2. Améliorer l'allocation de notre attention : passer un peu plus de temps à délibérément choisir ce que nous consommons. Trouver de bons curateurs d'insights peut aider !

L'agenda de l'émetteur

Pour t'assurer de ne pas manquer de prendre en compte l'agenda de l'émetteur, je te recommande de simplement formuler une phrase qui résumé l'objectif du contenu que tu consommes : "X cherche à Y". C'est un tout petit réflexe à prendre, mais cela éclairera ta consommation informationnelle d'une lumière nouvelle.

Le medium de diffusion

De la même manière, je te conseille de te faire une petite note mentale sur le medium consommé : "Ok, j'ouvre LinkedIn pour scroller mais je sais que je vais lire de l'information superficielle." ; "Ok, j'ouvre ce livre mais je sais que le 80/20 de l'insight tient en 20 pages. Trouvons ces 20 pages !".

Si un émetteur est présent sur différents medium... il y a peut-être un choix à effectuer pour accéder au message sous le format qui te convient le mieux.

Les relais

Ici pas de secret : plus l'information est importante, plus il faut aller au plus proche de la source. Lorsque je m'informe plus en surface en revanche, j'ai volontiers recours à des condensés.

Les vraisemblances et les stéréotypes

Pour les deux derniers, c'est le plus difficile à combattre car ils sont profondément ancrés dans nos réflexes cognitifs. Pour ma part, j'essaye de trouver des "hacks" pour me rendre compte quand un auteur fait appel à ces procédés. Par exemple, je vais souligner sur mes livres les vraisemblances et stéréotypes. Cela me force à m'arrêter quelques secondes pour me demander s'ils sont fallacieux ou non.

Si je devais auto-analyser mes essais...

J'ai conscience que le message que je diffuse personnellement n'atterrit pas sur l'internet aussi brut de décoffrage qu'il est formulé dans ma tête. Je sais aussi que j'aime beaucoup le reflet que mes essais me renvoient de moi-même. L'acte d'écriture revêt pour moi une dimension égotique assumée.

Mais il n'empêche que l'écriture d'essais (format long) est ce qui se rapproche le plus de ce que je veux transmettre.

Si tu veux faire évoluer ta posture, essaye de changer ta manière de consommer l'information. Mais aussi d'en créer. Si tu n'as jamais créé de contenu, explore différents mediums. Et si tu penses que ce n'est pas utile pour toi, rappelle-toi qu'on crée tous de l'information :

Lors de discussions, avec un mail pro, un dessin... l'information prend de nombreuses formes !

Au cours des années à venir, je veux partager de plus en plus mes pensées à l'état brut, sans filtre. Et m'entourer de personnes qui sont animées de cette même envie.

Il y a désormais un groupe pour cela.

Ne le rejoins pas si tu n'es pas curieux, ouvert d'esprit et si tu préfère éviter d'utiliser ta pensée critique.

Cercle des Cartographes
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