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13 min de lecture

Éparpillement ? Non. 20 ans à assembler mes passions pour être irremplaçable.

Éparpillement ? Non. 20 ans à assembler mes passions pour être irremplaçable.

Note personnelle :

Quand j'ai découvert le mot "Polymathe", il m'est passé complètement par-dessus la tête. À l'époque, j'aimais bien les jeux vidéo, le bon chemin à suivre me paraissait donc de devenir développeur.

(Sauf que cette logique ne marche pas du tout dans la vraie vie.)

Le concept est revenu très fort quand j'ai commencé ma vie professionnelle.

Je voulais toucher à tout. J'étais frustré quand quelque chose n'avançait pas. Ou quand je ne comprenais pas un sujet.

Dès que je m'ennuyais dans un job, j'éprouvais l'envie irrépressible d'en changer.

J'ai vécu la même chose dans mes hobbies :

Quand je me suis mis au running, aux échecs, à l'escalade, je pouvais y jeter des dizaines et des dizaines d'heures. Puis tout arrêter du jour au lendemain.

Si ça résonne, cet essai va te plaire.

Tu vas y découvrir :

L'essai inclut trois ressources pour passer à l'action :

  1. Bonus #1 - Quotient Polymathique : Ce test te permettra de mesurer ta capacité à apprendre, connecter et exceller dans des domaines variés. L'équivalent d'un test de QI, pour les polymathes.
  2. Bonus #2 - Narratif Polymathe : Un template à remplir pour créer un narratif simple, que tu pourras utiliser pour te présenter, ou vendre ton profil en entretien d'embauche.
  3. Bonus #3 - Détecteur de Connexions Cachées : Un prompt personnalisable en deux clics qui te permettra d'identifier les connexions cachées entre tes différents domaines d'expertise.

PS - Erratum :

Les liens vers les ressources lors de la dernière édition étaient cassés, ils sont réparés désormais !


Article Complet

"J'ai trop de projets sur le feu, je vais devoir en abandonner certains..."
"Je dois finir ce que j'ai commencé !"
"Je ne suis pas un vrai coach. Ni un vrai athlète. Ni un vrai entrepreneur."
"Je n'appartiens à aucune communauté."
"Je suis épuisé. Je n'en peux plus de passer sans cesse d'un projet à l'autre..."

Su reconnais ce discours interne, tu es peut-être un polymathe :

Quelqu'un qui cultive une expertise sérieuse dans plusieurs domaines différents.

Mais avec un Quotient Polymathique élevé vient aussi ce burnout cognitif qui peut te donner l'impression d'être un mouton noir, incapable de trouver sa place et d'être apprécié pour ce qu'il est réellement.

Mais j'ai une bonne nouvelle pour toi !

Emilie Wapnick a fait un Ted Talk pour décrire exactement cette sensation.

2 millions de vues. Tu n'es pas seul.

"Ce que tu appelles incohérence est en réalité ta plus grande force. Tu n'es pas instable, tu es un Scanner. Et tu peux avoir plus d'une passion." - Barbara Sher (2006)

Malheureusement, la société actuelle ne valorise pas les polymathes.

Pourtant, ils n'ont pas attendu le XXIème siècle pour se manifester. Le polymathe le plus connu du grand public date de la Renaissance - je parle bien entendu de Léonard de Vinci.

Mais encore pour rencontrer les premiers polymathes...

Il faut remonter à la Préhistoire !

La spécialisation est une anomalie historique

Les chasseurs-cueilleurs étaient déjà des polymathes :

La spécialisation est une anomalie historique de 200 ans, pas la norme de 200 000 ans d'humanité.

"Un être humain devrait être capable de changer une couche, planifier une invasion, dépecer un porc, piloter un navire, concevoir un bâtiment, écrire un sonnet, tenir des comptes, construire un mur, réparer une fracture, réconforter les mourants, prendre des ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre des équations, analyser un nouveau problème, pelleter du fumier, programmer un ordinateur, cuisiner un bon repas, se battre efficacement, mourir dignement. La spécialisation, c'est pour les insectes." - Robert Heinlein (1973)

C'est avec la révolution industrielle que tout a basculé.

On avait besoin de main d'œuvre productive. Un ouvrier qui répète le même mouvement en boucle, c'est plus efficace non ?

Adam Smith l'a formalisé très simplement pour la fabrication d'épingles :

Un ouvrier spécialisé serait donc 240x plus productif.

Évidemment, il exagérait (beaucoup).

Le rapport réel mesuré dans les usines était plutôt de 2.4x... mais cela restait alléchant pour les grands industriels.

À partir de là, l'ultra-spécialisation s'est répandue.

Et l'économie de la connaissance a continué de valoriser les expertises uniques. On a commencé à payer très cher les spécialistes qui maîtrisaient un domaine dans ses moindres détails.

Les institutions actuelles les favorisent.

Pourtant, l'arme ultime du polymathe est révélée au grand jour depuis plus d'un siècle.

Vilfredo Pareto : l'économiste italien qui a formulé l'outil le plus puissant des polymathes

Dans les années 1900, un économiste italien découvre une corrélation surprenante...

20% des causes produisent 80% des effets.

Cet homme s'appelle Vilfredo Pareto. Il donnera son nom à cette loi qu'on connaît aussi sous le nom du principe 80/20.

Elle trouve de nombreuses applications en dehors du contexte économique. Notamment auprès du polymathe moderne.

Une minorité d'efforts qui produit une majorité des résultats ?

Là où il fallait des décennies pour maîtriser un domaine, on peut désormais en acquérir le 80/20 après quelques dizaines d'heures. Les plus grands experts compressent des décennies de recherche dans des livres de 200 pages.

N'importe qui peut apprendre les fondamentaux d'une compétence depuis son canapé.

Alors oui, il y a des contre-exemples.

Certains métiers nécessitent des centaines d'heures d'expérience pour former un praticien opérationnel. Mais même dans ce cas, il existe un 80/20 à trouver et un squelette de connaissance à extraire.

La méthodologie est simple :

  1. On commence par observer le domaine de très haut. Quelques vidéos YouTube généralistes suffisent.
  2. On identifie les mots clés, le langage propre à ce domaine.
  3. On isole les sous-compétences.
  4. On identifie les grands penseurs qui ont façonné le domaine.
  5. On recherche leurs contributions principales.
  6. On les étudie jusqu'à comprendre le 80/20 de chaque sous-compétence.
  7. On établit des tactiques pour pratiquer chacune d'entre elles.

Le processus reste laborieux et prend plusieurs dizaines d'heures. Je l'ai compressé en une expérience immersive de cinq minutes sur le thème universel de la valeur pour que tu puisses essayer par toi-même :

En appliquant cette méthode, tu en sauras plus sur un domaine que 99 % des gens qui ne se donnent pas la peine de faire cela de façon structurée.

Mais il y a une sauce secrète...

Toutes ces micro-compétences sont un peu comme des briques de Lego.

Et tu peux les transférer à d'autres domaines.

Pour appliquer ce principe, je te propose de prendre comme mentor...

Alfred Hitchcock : le maître incontestable du suspense

Donna Tartt a repris ses enseignements et décrit le suspense en ces termes :

"Le suspense ne vient pas d'une bombe lancée de nulle part sur le héros. Le suspense vient de deux personnes assises à une table, en train de discuter. Il y a une bombe qui fait tic-tac sous la table. Et le public la voit, mais le personnage non. C'est ça, le suspense."

Il ne s'agit pas de retarder l'information. Mais de l'exposer directement et de jouer là-dessus pour créer de la tension.

En réalité, le suspense est une micro-compétence...

Qui nous apprend comment conserver l'attention d'une personne une fois celle-ci gagnée.

Hitchcock utilisait le suspense d'une main de maître au cinéma.

Mais il a sa place partout :

Un polymathe peut utiliser les micro-compétences et les transférer à des domaines éloignés. Il peut donc attaquer un problème avec des outils que personne dans le domaine ne pense à utiliser.

La recherche illustre parfaitement cela.

En 2007, des chercheurs de Harvard ont ouvert au public 166 problèmes scientifiques.

Ils ne parvenaient pas à les résoudre en interne et 80 000 scientifiques indépendants se sont attelés à la tâche.

Ils ont résolu 30% des problèmes.

Plus le domaine d'expertise du solveur était éloigné du problème, plus ses capacités à le résoudre se sont avérées élevées.

C'est leur capacité de transfert qui a fait la différence.

Si tu ne fais qu'entasser la connaissance superficielle de 100 domaines différents, tu n'es pas (encore) un polymathe. Tu es un collectionneur.

10 domaines avec 10 connexions = 100 passerelles.
100 domaines connectés avec rien...
C'est juste une bibliothèque bien rangée.

Connecteur vs Collectionneur

Détecter ces connexions est difficile au premier abord. Mais la pratique rend ces connexions de plus en plus évidentes.

"Tu ne peux pas connecter les points en regardant vers l'avant ; tu ne peux les connecter qu'en regardant vers l'arrière. Donc tu dois faire confiance au fait que les points se connecteront d'une manière ou d'une autre dans ton futur." - Steve Jobs (2005)

J'ai mis des années à la consolider, mais cette capacité à connecter les points s'est transformée en avantage injuste dans ma vie professionnelle.

Les petites briques sur lesquelles j'ai construit ma carrière

Venant d'un cursus littéraire, j'ai beaucoup étudié la littérature et la philosophie.

J'ai par la suite rejoint brièvement une école d'ingénieur, où j'ai appris la gestion de projet et le développement. J'ai bossé sur des drones, créé des algorithmes de prédiction...

Et puis j'ai rejoint Shadow, une startup française qui créait un PC dématérialisé.

Ce qui m'a rendu attractif pour cette boîte ?

Ma passion pour les jeux vidéo :

Shadow avait principalement une audience de joueurs invétérés. C'était donc facile pour moi de comprendre leur univers et leurs codes.

Mon côté très technique et vulgarisateur a beaucoup aidé.
Mais j'étais aussi un littéraire dans l'âme, plutôt bon pour persuader et rédiger des comptes rendus percutants.

C'est ce qui m'a propulsé au poste de Head of Support.

À force de faire des rapports aux fondateurs, j'ai fini par piloter la communication interne et pas mal d'autres responsabilités. Dans cette boîte j'ai appris le leadership, le marketing et plus généralement le fonctionnement d'un business.

Par la suite, j'ai fait du recrutement pour des startups Tech.

Mon expérience chez Shadow et ma culture Tech faisaient de moi un profil idéal.

La brique RH est venue s'ajouter à mon petit bagage.

J'ai continué à évoluer chaque année dans des startups différentes dans le domaine des médias puis de la santé. En parallèle, j'avais appris à utiliser l'IA et les automatisations, ce qui a constitué un avantage supplémentaire et achevé d'enterrer les autres candidats.

En entretien, on me demandait souvent pourquoi j'avais changé de job tous les ans.

La réponse était simple :

"J'avais résolu les problèmes pour lesquels j'avais été embauché. J'ai besoin de puzzles complexes à résoudre pour prendre du plaisir dans mon travail."

Cela semblait satisfaire les recruteurs.

J'avais été au Comité d'Exécution de plusieurs entreprises, investi dans quelques startups... ça me permettait de bien comprendre les enjeux des fondateurs et les levées de fonds.

Je pouvais parler le langage RH. Tech. Marketing. Et comprendre les problématiques de chaque boîte en profondeur. Donc peindre un futur où je faisais nécessairement partie de la solution.

Ces 7 ans d'aventure m'ont appris une leçon essentielle :

S'éparpiller n'est jamais le problème.

Il faut créer un narratif, une histoire forte de pourquoi tu as fait X puis Y puis Z. Si tu sais le justifier avec une conviction forte et que tu sais montrer comment ça va aider l'entreprise, tu pourras gagner ta place.

Aujourd'hui, j'ai une vie différente : j'ai quitté le jeu du salariat (pour le moment).

Chaque nouveau projet me permet de découvrir soit :

Et surtout...

Je m'assure toujours de ne jamais ralentir.
De ne jamais céder face à l'immobilisme.

En tant que polymathe, le plus dur pour préserver mon momentum a été de vaincre ma petite voix intérieure.

Si j'avais une machine à remonter dans le temps...

Voici ce que je dirais au moi d'il y a 20 ans

Pendant longtemps, ma grande culpabilité existentielle a été de ne rien finir. Je ressentais un besoin complétionniste d'aller au bout des choses.

Abandonner quelque chose me dégoûtait de moi-même.

Mais me forcer à finir ce qui ne m'intéressait plus, c'était tout aussi horrible.

En réalité, quand tu ne finis pas quelque chose, tu ne rates rien.
Ne rien finir est totalement ok.

J'ai appris à ne lire que la moitié d'un livre. À cesser de voir les personnes qui sapaient mon énergie. À lâcher les projets qui devenaient ennuyeux.

En revanche, quand j'arrête quelque chose, je note la raison de cet arrêt.

C'est libérateur.

Mais la culpabilité existe aussi pour les idées de projets pas encore commencés.

Pour ma part, j'ai trouvé du réconfort en capturant TOUTES mes idées de projet. Ça supprime ma peur de manquer quelque chose.

Toutes ces idées deviennent une liste d'options.

Parmi lesquelles piocher quand tu veux te lancer dans une nouvelle exploration.

Bien évidemment, une idée qui revient souvent, c'est un signal fort. Peut-être qu'elle se transformera en obsession avec le temps - une plutôt bonne nouvelle pour un polymathe.

Si tu es arrivé jusqu'ici en lisant cet essai, ces idées résonnent sans doute avec toi.

Et comme moi, tu détestes plus que tout...

Être mis dans une case par un test de QI

Howard Gardner avait déjà créé sa petite révolution en 1983 en introduisant les huit types d'intelligence :

  1. Linguistique
  2. Logico-mathématique
  3. Spatiale
  4. Musicale
  5. Corporelle-kinesthésique
  6. Interpersonnelle
  7. Intrapersonnelle
  8. Naturaliste

Ça allait à contre-courant du Quotient Intellectuel très utilisé cliniquement.

Mais la recherche récente sur la neuroplasticité met en évidence des zones cérébrales partagées qui bénéficient de l'entraînement dans un domaine pour performer dans un autre.

Quand un musicien s'attaque aux maths, son cerveau recrute les mêmes zones du cerveau qu'il utilise pour la musique.

L'entraînement dans un domaine booste la performance dans un autre.

Mon opinion actuelle :

Le QI mesure le raisonnement, la mémoire de travail et la vitesse de traitement... et il est relativement statique au cours d'une vie.

Ce qu'on a besoin de mesurer c'est plutôt :

J'appelle ça le Quotient Polymathique.

(Tu pourras tester le tien avec le premier bonus en bas de cet essai.)

Quotient Polymathique

Contrairement au QI, il n'est pas statique. Chaque nouveau domaine que tu explores renforce ta capacité à en explorer d'autres.

Mais il y a tellement de choses à découvrir qu'il faut...

Allouer son attention stratégiquement

Ross Dawson a très bien résumé la catégorisation des profils par leur "forme" de compétences :

  1. Le profil en T : une expertise profonde dans un domaine.
  2. Le profil en π : deux expertises profondes reliées par de la largeur.
  3. Le profil en Peigne : De multiples expertises profondes, connectées par une vision étendue.

Tu l'auras compris, le polymathe est le troisième profil.

L'Évolution du Polymathe

S'appuyer sur une seule expertise profonde est dangereux, parce que la valeur d'un domaine peut s'effondrer du jour au lendemain.

Le peigne est antifragile.

Évidemment, l'IA rend tout ça explosif :

Elle compresse le temps d'acquisition, elle t'assiste sur le transfert, elle te donne accès à des domaines qui t'auraient pris des années. Le polymathe augmenté par l'IA, c'est le profil le plus dangereux de la décennie.

On commence à ne plus avoir trop de doute là-dessus :

D'ici 2030, 92 millions d'emplois vont disparaître (World Economic Forum). 170 millions de nouveaux rôles vont les remplacer.

Mais 40% des compétences demandées pour ces nouveaux rôles n'existent pas encore.

Le spécialiste dont le domaine est automatisé se retrouve le bec dans l'eau.
Pendant ce temps, le polymathe se réinvente.

Il est déjà en train d'apprendre la prochaine compétence pendant que l'expert touche son revenu universel.

Si tu sens que ça résonne mais que tu ne sais pas trop où diriger ton attention, tu peux explorer trois types de compétences :

Compétences multiplicatrices

Ce sont les compétences qui augmentent tes autres compétences.

Par exemple, savoir communiquer augmente la valeur de tes compétences de production car tu deviens capable de présenter et de vendre ce que tu produis.

Compétences Janus

Il s'agit des polarités opposées : ces compétences complémentaires à tes compétences actuelles.

L'IA et la philosophie sont à mon sens complémentaires, car la philo amène des réflexions de garde-fou essentielles qui nous permettent de mieux appréhender l'IA.

Compétences catalytiques

Ce sont les compétences qui augmentent tes opportunités de connexion.

L'écoute profonde en est un bon exemple :

Eelle permet de connecter des compétences apparemment éloignées. Quand tu cherches à absorber les principes profonds qu'une autre personne te transmet, tu débloques des connexions inédites !

Mais quelles que soient les compétences que tu choisis d'explorer, l'essentiel reste d'explorer à fond, jusqu'à trouver ce qui te fait réellement vibrer.

Conclusion

Connais-tu le concept des chemins du désir ?

"Dans chaque parc ou campus universitaire, vous les avez déjà vus : ces sentiers de terre qui coupent à travers les pelouses, ignorant les allées pavées. Les urbanistes les appellent chemins du désir - ces tracés naturels créés par des milliers de pas qui trouvent toujours le chemin le plus efficace." - Damien Chambon (2025)

Les polymathes tracent des chemins du désir dans la société. Ils quittent les sentiers battus pour explorer, cartographier et trouver de meilleures solutions.

Chaque polymathe sculpte son propre spectre de compétences et développe son propre Quotient Polymathique jusqu'à trouver son unicité. Et si tous les polymathes connaissent un burnout cognitif et une culpabilité existentielle passagers...

Leur réponse à cela est peut-être l'esthétisme, le goût et l'élégance.

L'appréciation à 360° de chaque problème.

De chaque solution.

De l'expérience de vie dans son ensemble.

Et une soif inextinguible pour l'exploration de l'inconnu.


Passe de la lecture à l'action

Cet essai t'a montré pourquoi les polymathes ont un avantage injuste — et pourquoi l'IA le décuple. Maintenant, mesure le tien et active tes connexions cachées :