C'est LA techno émergente qui m'a obsédé fin 2025. Elle semble tout droit sortie d'un univers SF et a le potentiel de changer nos vies.
Les BCIs.
L'acronyme veut dire "Brain-Computer Interface" (ou "Interface Neuronale Directe" en français). À défaut d'en avoir déjà entendu parler, tu es sûrement familier avec Neuralink, ou à minima Elon Musk.
Mais qu'est-ce qu'il y a sous le capot ?
Est-ce que cette innovation va réellement changer quelque chose dans nos vies quotidiennes ?
Mon avis sur les BCIs a beaucoup fluctué au cours des derniers mois
J'ai commencé à m'intéresser aux BCIs suite à un échange avec l'un des lecteurs de ma newsletter. Après un premier article de surface, un essai plus complet a rapidement suivi.
J'ai passé les trois derniers mois à étudier la littérature sur le sujet pour en approfondir ma compréhension... pour finir par me procurer plusieurs BCIs et expérimenter par moi-même.
Voici ce que cela m'a appris, ainsi que mes attentes pour les années à venir.
Tu peux déjà tester les BCIs non-invasifs depuis chez toi
Bien que ce soit une techno avant-gardiste, il est déjà possible de se procurer de nombreuses BCIs directement chez soi. Pour ma part, lorsque j'ai commencé mon exploration, j'ai directement pris le parti pris de commander le plus prometteur :
La Neurosity Crown.
Parce que cet appareil comportait un peu plus de capteurs que certains concurrents. Mais aussi que l'entreprise mettait en avant la possibilité de développer facilement une app permettant d'exploiter la Crown. J'ai notamment vu une vidéo d'une app faite maison, permettant de contrôler la lumière par la pensée... et honnêtement, ça donne envie !
La différence entre une BCI invasive et non-invasive ? Une BCI invasive implique la présence d'un implant, donc une opération chirurgicale et un corps étranger dans ton cerveau. Une BCI non-invasive prend la forme d'un appareil "wearable" externe, que tu peux par exemple porter sur toi.
Neuralink est un implant. L'intérêt, c'est la quantité de capteurs dont il est possible de bénéficier via la méthode invasive. On parle de 1000+ capteurs avec Neuralink, contre une dizaine maximum à l'heure actuelle pour un appareil non-invasif.
Ces capteurs mesurent les signaux électriques échangés par nos neurones en temps réel et sont donc de faits plus efficaces avec un BCI invasif.
En plus d'être largement plus nombreux.
Pour en revenir à la Neurosity Crown, les reviews étaient mitigées. Mais j'attendais avec impatience de recevoir mon colis !
Entretemps, j'ai testé... Muse S Athena
Une amie m'a offert entretemps le Muse S Athena, un bandeau qui comporte un capteur de moins que la Crown, mais compense par quelques capteurs, fNIRS notamment, qui mesure l'oxygénation sanguine du cortex préfrontal. Cette approche multi-capteurs permet à cet appareil d'être davantage orienté méditation, sommeil et effort cognitif.
En revanche, Muse est moins flexible ou Open Source que la Crown : impossible de développer ses propres applications. L'app nécessite un abonnement et permet de faire des sessions pour entraîner notre focus, pour aider à s'endormir et pour méditer. Avec comme particularité de se servir du feedback en direct de notre cerveau pour nourrir l'expérience.
Concrètement, tu mets ton bandeau Muse et tu médites. Il y a un fond sonore de tempête, qui s'apaise au fur et à mesure que tu parviens à canaliser tes pensées - et tu entends une brise calme et des chants d'oiseaux quand ton esprit est bien calme. C'est immersif, interactif et assez utile dans l'ensemble, car tu te rends compte en direct quand ton cerveau part dans tous les sens.
L'app te délivre en fin de session un panel de stats complètes... et ça m'a fait me poser une question importante.

Est-ce que Muse ne m'apprend pas juste à être performant selon les critères de Muse ?
Parce que... Gagner des "Muse Moints" des "Birds" et avoir 66% de "Calm" c'est bien beau, mais est-ce que les bénéfices de 10 minutes de méditation sont plus élevés qu'avant ?
Du coup, j'ai mis en place un système de tracking assez simple : pendant quelques jours, j'ai mesuré des sessions de méditation et de travail à l'aide de Muse, sans utiliser le feedback de l'application.
Ensuite, je me suis entraîné avec l'app pour améliorer ma méditation et mon focus, qui sont deux des principales fonctionnalités mises en avant par Muse. Et j'ai repris des mesures pour les comparer à celles de base après une dizaine de jours d'entraînement.
Résultat des courses : légère amélioration sur la pratique méditative, amélioration très conséquente sur la concentration.
Les tests sont donc probants ! Mais il y a un peu de friction...
Le bandeau Muse de mon expérience ne se connecte pas facilement. J'ai parfois dû passer une dizaine de minutes à l'ajuster pour que la data soit lue correctement. Et c'est arrivé qu'en cours de session, la data soit tout bonnement fausse ou la lecture de l'appareil mauvaise. Je pense aussi qu'un individu avec des cheveux plus touffus que moi pourrait avoir encore plus de problèmes lors de l'utilisation.
Mais entretemps et en quelques mois seulement, le paysage des BCIs avait (un peu) changé.
Quoi de neuf en cette fin d'année 2025 ?
Tu l'auras compris, l'un des plus gros challenges avec les BCIs, c'est la quantité de capteurs disponibles. Et comme pour toute Tech, il y a un challenge de miniaturisation. Le BISC de Columbia a repoussé en décembre les limites à l'aide d'un implant ultra-fin comportant 65.536 électrodes.
C'est 65x plus que Neuralink...
Mais les capteurs ne sont qu'à la surface du cerveau et récoltent donc de la donnée moins précise que ce dernier.
Neuralink a d'ailleurs annoncé en décembre également le lancement de leur production haut volume en 2026, avec une procédure chirurgicale quasiment automatisée. 12 patients utilisent déjà le premier implant Neuralink.
Les autres acteurs ne sont pas en reste. Apple notamment a annoncé en mai un protocole d'interfaçage qui permet aux BCIs d'intéragir avec les produits Apple. Ce n'est pas une BCI à proprement parler, mais ça va faciliter l'industrialisation de cette technologie, tout en renforçant l'écosystème déjà très propriétaire d'Apple.
Pour finir, il y a un produit nouveau et intéressant : le MW75 Neuro de Neurable, un casque qui permet d'écouter de la musique et qui dispose de 12 canaux EEG (contre 4 pour Muse et 8 pour Neurosity Crown). Ces canaux sont en revanche concentrés au niveau des oreilles donc sont moins précis. Mais à mon avis, ils sont suffisants pour traquer mon focus, l'impact de la caféine, etc. Quitte à passer par un BCI non-invasif, je commence à être convaincu que l'abondance et la qualité des données compte moins que l'absence de friction à l'utilisation.
À propos de la Neurosity Crown, tu te demandes peut-être pourquoi je n'ai pas détaillé mon expérience avec ?
Eh bien...
Je ne l'ai jamais reçue après plus de trois mois. J'ai échangé fréquemment avec leur SAV et ils ont fini par me rembourser, après avoir admis leur incapacité à m'envoyer le produit. J'ai par contre bien reçu leur hoodie... !
BCIs, signal ou bruit ?
J'ai passé presque six mois à compulser la littérature sur les BCIs et le fonctionnement du cerveau. Et à expérimenter. Mes données de test et l'ensemble de mes notes sont publiques.
Dans l'ensemble, je considère aujourd'hui les BCIs non-invasives comme un bon gadget Tech pour obtenir de la data et optimiser différents domaines de ma vie (méditation, productivité, sommeil...). Ça reste du gadget avec encore beaucoup de friction, mais je vais continuer à utiliser mon Muse S Athena et surveiller l'évolution du paysage BCI.
Par contre, les BCIs invasifs pourraient avoir un impact conséquent sur le monde dans lequel on vit. Amener une solution à des lésions de la moelle épinière et tous les cas d'usage dans la santé est un premier pas, et pas des moindres. Il y a aussi toute la partie pour augmenter l'humain... et le lot de dilemnes éthiques que cela implique.
Mais tout cela ne va pas se construire du jour au lendemain. Alors, pour ma part, je garde un oeil sur le paysage des BCIs invasifs, avec un check de planifié tous les six mois. J'ai trois sources à te recommander :
- Neurotech Futures : la newsletter internationale de référence qui peut filtrer le signal dans le bruit pour moi.
- Thomas Oxley qui publie sur X des updates intéressants, sans les noyer dans du bruit marketing.
- La section Neurotech de STAT News qui propose de bonnes enquêtes critiques.
Parmi les prochains topics que je veux explorer, j'ai sélectionné les Cité-États, qui commencent à être expérimentées à travers le monde.
Cartographier les domaines émergents de manière continue est essentiel pour surmonter la surcharge informationnelle et trouver le signal dans le bruit.