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7 min de lecture

Sur quel mur appuies-tu ton échelle ?

Le 1er janvier 2026, je suis parti pour l'une de mes trois sessions de running hebdomadaires. Je pratique la course à pied depuis plusieurs années désormais et chaque année, j'assiste au même phénomène. Une horde de coureurs envahissent le parc de Sceaux sous l'effet des bonnes résolutions. En février, plus personne : la fréquentation est revenue à la normale.

Si tu fais partie de ces personnes qui prennent de grandes résolutions ou se fixent des objectifs ambitieux en début d'année, tu sais déjà que la motivation fugace qui accompagne les nouveaux engagements s'évapore bien vite. Le fond du problème, c'est que l'on ne tient pas compte des mécanismes de motivation intrinsèques qui nous poussent à accomplir de grandes choses.

L'ingrédient manquant qui coule tous tes objectifs

Prenons une bonne résolution classique : se mettre au sport. D'après toi, en lisant les intentions suivantes, laquelle a le plus de chance d'être une source de motivation puissante et durable ?

  1. Je me mets au sport pour perdre 20 kg.
  2. Je me mets au sport pour trouver une compagne / un compagnon.
  3. Je me mets au sport pour être en meilleure santé.
  4. Je me mets au sport pour prouver que je suis meilleur que les autres.

C'est une question piège. Désolé ! En réalité cela dépend totalement de la personne concernée. Je suis un compétiteur né et la quatrième option pourrait être une excellente source de motivation pour moi. Mais les autres options sont tout à fait valides, le "bon" choix dépend surtout des valeurs personnelles de chacun.

Nous touchons ici au principal problème : lorsque l'on se fixe des objectifs annuels, nous sous-estimons dramatiquement l'impermanence de ceux-ci. J'en ai fait les frais... Voici un court extrait de quelques-uns de mes objectifs de l'année 2021 :

Sur ces cinq objectifs, j'en ai atteint un seul. Et les quatre autres ne m'intéressent plus. Mais alors, plus du tout ! J'ai totalement changé de focus et actuellement, je m'intéresse davantage à l'escalade, au mentoring et au développement de la présente newsletter.

La seule chose qui ne change pas, c'est nos valeurs fondamentales. En réalité, elles peuvent changer mais c'est un processus lent et infréquent. Poursuivre un bon objectif pour les mauvaises raisons nous mène droit dans le mur. Thomas Merton a une bonne analogie pour cela :

"On peut passer sa vie entière à gravir l'échelle du succès pour découvrir, une fois au sommet, qu'elle était appuyée contre le mauvais mur."

Parmi mes grandes valeurs, je me considère comme "people-centric" c'est-à-dire que je cherche à avoir un impact positif sur le monde en aidant des personnes à grandir et évoluer positivement. Cette valeur était celle qui me motivait à obtenir un poste de direction en startup. Aujourd'hui, elle me pousse à faire du mentoring et à transmettre mes insights au travers de cette newsletter.

L'objectif a changé, la valeur sous-jacente est restée.

Objectifs vs Valeurs

Pour mettre le doigt sur tes propres valeurs, je te propose trois questions d'introspection très simples mais qui t'aideront beaucoup (je vais ajouter quelques-unes de mes propres réponses en guise d'exemple) :

Dans quelles situations ressens-tu de la colère, de la frustration ou du dégoût — chez toi ou chez les autres ?
✍️
Pour chaque irritation, quelle est la valeur opposée que tu défends ?
✍️
Si tu ne pouvais en garder que trois, lesquelles seraient non-négociables — celles dont l'absence te rendrait méconnaissable ?
✍️

Bien ! Tu as identifié tes trois (peut-être plus) valeurs fondamentales. Elles vont te permettre de construire des objectifs qui puiseront dans une source de motivation et d'énergie virtuellement illimitées.

Les frameworks d'objectifs nous préparent à tout... sauf à l'échec

J'ai étudié (et testé) un grand nombre de méthodes pour définir des objectifs : les BHAG (Big Hairy Audatious Goals), les OKRs (Objectives and Key Results), les objectifs SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste, et Temporellement définis)... Je pense que toutes ces méthodes sont très bonnes mais j'ai éprouvé des difficultés à connecter mes objectifs avec mes valeurs personnelles.

La méthode que j'utilise désormais est très largement documentée et s'appuie sur les travaux de nombreux chercheurs. Il s'agit du framework WOOP, dont l'acronyme signifie :

  1. Wish (Souhait)
  2. Outcome (Résultat)
  3. Obstacle
  4. Plan

Reprenons l'objectif évoqué au début de cette newsletter (se mettre au sport) et construisons-le à l'aide du framework WOOP.

Je te recommande d'en profiter pour rédiger ton premier objectif en même temps !

Wish

Le Wish est la partie la plus simple. Il faut définir notre objectif de façon précise, ce doit être un challenge accessible, mais pas simple.

Pour quelqu'un qui ne pratique aucune activité sportive, ça pourrait être :

Pratiquer trois séances de sport par semaine pendant tout le premier trimestre 2026.

Outcome

C'est avec l'Outcome qu'on va connecter avec nos valeurs. Qu'est-ce que l'atteinte de cet objectif nous permet d'accomplir ? Pourquoi cet objectif devrait être motivant pour moi ?

Pour une personne célibataire qui souhaite fonder une famille, ça pourrait donner :

Je me sentirai mieux dans mon corps et mes chances de trouver le ou la bonne partenaire seront bien plus élevées.

Obstacle

Quand on crée des objectifs, on a tendance à ignorer les obstacles potentiels. On pratique le Wishful Thinking (pensée désidérative en français) c'est-à-dire à croire ce qu'il nous est agréable de croire plutôt que ce qui est réaliste. Cela se traduit naturellement par une ignorance totale des obstacles qui se dresseront entre nous et nos objectifs.

Pour notre exemple voici un obstacle probable :

Je risque de me blesser et de ne plus pouvoir tenir mon planning de sport.

Plan

Le dernier élément du framework WOOP est le plan, qui est là pour nous permettre d'être préparé si (lorsque) l'obstacle survient.

Exemple :

Si je me blesse, alors je prendrai immédiatement rendez-vous chez le médecin et remplacerai mes sessions de sport par une heure de marche jusqu'à guérison complète.

Finaliser (et améliorer) ton objectif

L'objectif final est donc le suivant :

À ce stade, je te recommande de noter ton engagement envers cet objectif à l'aide de l'échelle suivante - qui est la mesure standard au sein de la communauté académique :

Échelle de l'engagement

Si tu n'est pas sur un "3 - Je suis fermement engagé à poursuivre cet objectif" c'est le signal qu'il faut retravailler l'un des éléments !

Pour ma part, je n'utilise pas de durée arbitraire pour mes objectifs car je pense que la bonne durée peut varier. Mais je m'efforce d'avoir toujours 3-6 objectifs en cours, qui ciblent différents domaines de ma vie.

Une fois ton objectif finalisé de manière engageante, motivante et connectée à tes valeurs, il ne reste plus qu'une chose à faire...

Exécution, exécution, exécution

Si tout va bien, tu as actuellement ton set de 3+ valeurs clarifiées et un premier objectif. Reste à passer d'un objectif ambitieux à une série d'actions qui te permettront de la matérialiser dans la vie réelle.

À cette fin, l'un des frameworks que j'utilise le plus en mentoring est celui de la planification récursive, qui me vient de The Productivity Habits, un livre assez niche de Ben Elijah.

L'idée est simple : on part de l'objectif et on l'exprime sous la forme suivante :

Sujet + Verbe + Objet

Ensuite si le sujet, le verbe ou l'objet est trop complexe pour constituer une tâche faisable en une seule session de travail, on divise cette tâche avec la même méthode et ce jusqu'à arriver à une arborescence de tâches que l'on est à même d'exécuter.

Reprenons notre objectif :

Pratiquer (V) trois séances de sport par semaine (S) pendant tout le premier trimestre 2026 (O).

"Pratiquer" est clair : je peux exécuter immédiatement.

"Trois séances" n'est pas clair. Je n'ai aucune idée de quoi faire. Je peux donc créer plusieurs tâches en conséquence :

Tous les points ci-dessus sont clairs et je peux exécuter en une session de travail.

"Pendant tout le premier trimestre 2026" n'est pas super clair : comment est-ce que je vais savoir que j'ai réussi ou non ? On peut donc créer une tâche plus claire à partir de là :

À ce stade, on peut également prendre en compte le plan pour surmonter l'obstacle, que nous avions créé plus haut :

Si je me blesse, alors je prendrai immédiatement rendez-vous chez le médecin et remplacerai mes sessions de sport par une heure de marche jusqu'à guérison complète.

Ainsi, en cas de blessure, zéro friction pour dépiler le plan !

Nous avons donc sept tâches prêtes à être exécutées. Et chacune est suffisamment claire pour être accomplie en une session de travail.

Ce framework fonctionne très bien pour la gestion de projet dans la vie pro également, car il force la clarté à l'échelle de l'individu mais aussi de l'équipe. Et il reste bien moins lourd que la plupart des méthodologies de gestion de projet classiques !

Ton nouveau super-pouvoir

J'utilise ce système avec succès depuis bientôt trois ans. J'ai la conviction profonde que chacun devrait créer sa propre carte - ce sera donc à toi de te l'approprier et de l'adapter à tes besoins spécifiques.

Matérialiser ta vision dans la réalité est littéralement un super-pouvoir, désormais à ta portée.

Tu as identifié les valeurs dans lesquelles puiser la motivation nécessaire pour avancer vers un objectif clair. Celui-ci inclut un plan d'action précis pour surmonter le ou les obstacles les plus probables. Et tu l'as déjà pré-découpé en tâches que tu peux accomplir immédiatement.

Il ne te reste plus qu'à passer à l'action !

Si tu veux m'aider à atteindre mes propres objectifs...

Partage cet essai à cet ami qui se fixe plein d'objectifs mais n'accomplit finalement jamais rien, à ce collègue qui n'arrive jamais à concrétiser ses projets ou à toute personne qui pense que les bonnes résolution, c'est de la m*rde.

Et si tu souhaites prolonger la discussion ou me donner du feedback sur cette édition, tu peux m'envoyer un mail à emmanuel@moreau.world !