Pour la plupart des lecteurs, la connaissance acquise ne se matérialise jamais en résultats concret. Je le sais, parce que j'ai fait partie de ces lecteurs pendant des années.
Et comme eux, je ne transformais jamais rien en patrimoine intellectuel réel.
C'était dramatique, car la lecture est un formidable levier qui permet à chacun de cultiver son patrimoine intellectuel et de s'élever vers différentes formes de succès, quelles qu'elles soient.
Comment faire du temps notre allié
L'explication tient en deux mots : intérêts composés. On tend naturellement à appliquer cette formule dans le secteur de la finance, mais elle peut se transférer à de nombreux autres domaines : habitudes, relations... et lecture.

Les trois variables à examiner dans le cadre de la lecture sont :
- Principal : le capital initial. Cela correspond à la quantité brute de temps de lecture que nous pouvons dégager chaque semaine. Ou le nombre de livres lus chaque année.
- Taux d'intérêt : c'est en quelque sorte l'efficience avec laquelle nous apprenons. Plus nous apprenons efficacement, plus les bénéfices concrets que nous allons en tirer seront importants.
- La fréquence à laquelle l'intérêt cumule : cela correspond à notre capacité à faire réémerger un insight sur la durée. Plus cet insight sera en mesure d'apporter de la valeur à notre réflexion fréquemment, plus nous tirons un bénéfice élevé du livre lu.
Ce qui ressort si l'on examine la lecture sous cette perspective, c'est que pour tirer pleinement profit d'un livre lu, il faut être capable :
- Faire appel à ses insights longtemps après l'avoir lu.
- D'extraire et d'appliquer un maximum des insights tirés de ce livre.
La bonne nouvelle, c'est qu'améliorer ces deux éléments est beaucoup plus facile que d'augmenter notre volume de livres lus.
Avec un système simple en place pour soutenir nos lectures, le temps devient un allié qui rend le succès inévitable.
Mes débuts en tant que collectionneur
Même si ma carrière de lecteur a connu des hauts et des bas, à 25 ans, j'ai commencé à lire de manière obsessionnelle. Après avoir été déscolarisé pendant plusieurs années, je me sentais perdre pied. Je voyais mes amis qui avaient fini leurs études commencer à rentrer dans la vie active, et j'étais persuadé que les livres seraient pour moi le moyen idéal de développer mes connaissances.
Deux ans plus tard, j'avais lu des dizaines et des dizaines de livres. Mais je faisais face à un constat démoralisant : je n'arrivais pas à me souvenir de ce que je lisais.
Et une solution miracle est tombée du ciel : le Second Brain de Tiago Forte. Très simplement, son système consiste à prendre des notes sur ses lectures et à les relier entre elles dans un "second cerveau". Chaque point est une note unique. Plus la note est reliée à d'autres notes, plus le point est large.

Mais c'était une fausse solution, qui m'a poussé dans le piège de la complexité. Car le système proposé par Tiago Forte n'est en réalité optimisé que pour une seule personne : Tiago Forte. Je me suis rapidement retrouvé avec beaucoup de notes, mais très peu d'insights réellement mémorisés.
À l'heure actuelle, je prends encore des notes en lisant des livres : je reformule les idées qui résonnent avec mes propres mots. Je me retrouve avec une dizaine de notes solides par livre lu en moyenne.
Mais cette pratique reste malgré tout insatisfaisante.
Le fond du problème : la complexité
Là où chaque nouvelle note semble ajouter de la richesse dans mon écosystème intellectuel, en réalité elle ajoute de la complexité. Car il faut relire ces notes. Créer des connexions entre elles. M'approprier la pensée d'un auteur étranger, une connaissance qui n'est à l'origine pas la mienne. Mes notes deviennent parfois obsolètes. Certaines se contredisent... Bref, tout est trop compliqué.
S'il y a une chose que j'ai apprise en mettant des systèmes en place pour moi-même, pour des entreprises et pour des solopreneurs... c'est que la simplicité est la clé de voûte de tout système. Un système complexe ne dure pas. Un système complexe a un coût d'entretien élevé. Et finit par s'effondrer. Or il se trouve que le moyen le plus efficace que j'ai trouvé pour appliquer réellement ce que je lisais est simple comme bonjour.
J'ai une mini-checklist qui reprend les principaux domaines de ma vie. Une version basique pourrait être celle de Sahil Bloom avec The 5 Types of Wealth :
- Temps
- Relations
- Intellect
- Santé
- Argent
À chaque fois que je prends une note sur un insight qui me semble intéressant, je cherche comment cela pourrait s'appliquer à chaque domaine de ma checklist.
C'est particulièrement puissant parce que la mémoire récompense les connexions denses. Lorsque ton cerveau connecte une information nouvelle à des domaines d'application variés et à d'autre morceaux de connaissance déjà solidement ancrés, tu crées un réseau de rétention efficace. Lorsque tu auras besoin par la suite de récupérer l'information, il y aura de nombreux signaux ou points d'accroches disponibles pour t'en souvenir !
Pour rester très concret, voici un court extrait de l'Almanach de Naval :
"Pour identifier votre savoir spécifique, pensez à ce que vous faisiez presque naturellement quand vous étiez enfant ou ado. Quelque chose que vous ne regardiez pas comme une compétence, mais que votre entourage avait remarqué."
Ok, donc ici je peux maintenant chercher à appliquer cela à différents domaines de ma vie. Quand j'étais ado :
- J'étais capable de m'immerger des heures durant dans mes passions : échecs, piano, jeux vidéo... Peut-être que ça vaudrait le coup pour moi de renouer avec l'une de ses passions et d'y consacrer une dizaine d'heures, pour voir si je parviens à reproduire ce genre d'immersion.
- Je lisais énormément, j'écrivais beaucoup et j'adorais raconter des histoires. Me remettre à lire ou à écrire de la fiction pourrait être intéressant. Ça me donne envie d'aller dans une librairie et d'acheter un livre de SF.
- J'avais lancé un petit business de journal local, que je vendais au voisinage. Ok, peut-être que lancer une newsletter pour partager ce que j'apprends pourrait faire sens (on sait tous comment ce fil de pensée a fini n'est-ce pas ?).
Si j'ai une dizaine de notes par livre, avec 3-5 idée d'application à chaque fois, je me retrouve avec un portfolio de 50 actions potentielles pour chaque livre lu... Je lis environ un livre par semaine, cela donne donc 2500 opportunités de passer de théorie à pratique sur une année.
Ce que je te recommande :
Construis un portfolio d'actions potentielles au fur et à mesure de tes lectures et identifies-en une par semaine à essayer. Ça ne t'engage en rien : dans certains cas, une idée que tu voudras appliquer dans ta vie ne fonctionnera pas. Mais c'est tout à fait acceptable car tu en auras appris quelque chose et tu auras quoi qu'il en soit mis en application l'insight découvert.
À ce stade, tu te poses peut-être la même question que moi à l'époque :
Mais alors, ça ne sert à rien de prendre des notes ?
Eh bien, pendant un moment j'ai été persuadé que prendre des notes n'était utile que pour avoir des sources bibliographiques sous la main. Ce qui est utile principalement pour les personnes qui créent du contenu, recherchent, écrivent des livres... Des personnes dont le métier principal est la régurgitation de connaissances, sous une forme plus ou moins mise à jour.
J'ai changé de perspective sur le sujet en lisant How to Take Smart Notes de Sönke Ahrens. Selon lui, l'écriture est le medium de la pensée. L'acte de prendre des notes et de reformuler un concept permet en soi de créer des connexions denses, de réfléchir et de mémoriser.
Ok, soit.
À l'époque, je le faisais déjà et je questionnais malgré tout l'utilité de passer du temps à rédiger ces notes, quand un résumé du livre pouvait être récupéré en deux clics sur l'internet.
Mais Ahrens va plus loin et suggère l'utilisation de deux dossiers de notes différents :
- Le dossier littéraire ou bibliographique, qui regroupe les notes sur les livres que l'on lit (ce que je faisais jusqu'alors).
- Les notes permanentes, qui sont le fruit de nos réflexions personnelles.
Et là, ça a fait tilt. Car le jeu auquel je jouais avant, c'était :
"Ok, comment je retranscris dans mes propres mots le propos de l'auteur en capturant son concept avec le plus d'exactitude possible ?"
Et avec les notes permanentes de Ahrens, c'est devenu :
"Ok, le propos de l'auteur est intéressant. Est-ce que je suis d'accord ? Pas d'accord ? Est-ce que j'ai lu quelque chose qui contredit cet auteur ? À quoi ça me fait penser ? Qu'est-ce que ça suscite comme questions ?"
Pour reprendre la citation de Naval plus haut :
"Pour identifier votre savoir spécifique, pensez à ce que vous faisiez presque naturellement quand vous étiez enfant ou ado. Quelque chose que vous ne regardiez pas comme une compétence, mais que votre entourage avait remarqué."
Eh bien, elle suscite beaucoup de réflexion. Et chacune pourrait devenir une note, voire même une série de notes :
- Pourquoi certains parents encouragent leurs ados à se jeter corps et âme dans leurs passions, tandis que d'autres les découragent ? Quel type de parent je veux être pour ma fille ?
- Est-ce que le système éducatif permet aux enfants d'exploiter leur savoir spécifique ? En France ? Et dans d'autres pays ?
- Est-ce que je connais des personnes qui ont réussi à rester aligné et à convertir l'une de leurs obsesssions d'ado en source de revenus une fois adulte ? Qu'est-ce qui leur a permis d'accomplir cela ?
Cette approche me permet d'aller plus loin dans ma réflexion. Je reviens régulièrement sur les notes permanentes qui m'intéressent. Je creuse, je joue avec, je crée d'autres notes à la suite. Même avant de créer du contenu, c'était pour moi une source d'émerveillement intellectuel et d'accomplissement.
Et comme chaque note permanente peut être reliée à une note bibliographique, tout est sourcé : c'est le meilleur des deux mondes !
La dernière pièce du puzzle
Bon, je dois bien avoir que mes notes sont un foutoir sans nom - et c'est ok ! Je prends du plaisir à jouer dans mon logiciel de notes, à transférer des concepts pour les appliquer dans la vraie vie. Mais faire de la masturbation intellectuelle, classifier chaque note pour que tout soit bien organisé... très peu pour moi.
Le Ha Hack me permet de mettre mes apprentissages en application, les notes permanentes de faire maturer mes réflexions et de m'approprier les concepts. Tout cela est étonnamment simple et prend très peu de temps à mettre en place si tu as une bonne routine de lecture. C'est plus un réflexe, une habitude à prendre qu'un système lourd et complexe.
Il restait un dernier problème qui me chatouillait un peu : comment mettre en application les choses trop conceptuelles ?
Je parle ici par exemple :
- Des biais cognitifs
- Des modèles mentaux comme le 80/20
- Des techniques de persuasion
Marc Brackett, expert de l'intelligence émotionnelle explique brillamment qu'il est impossible de réguler, d'exprimer ou même de comprendre une émotion sans la reconnaître lorsqu'elle se présente.
C'est une pépite de connaissance qui se transfère parfaitement aux biais cognitifs. Prenons le biais de disponibilité : on a tendance à sélectionner l'information la plus récente au lieu de raisonner et de choisir la plus pertinente. Impossible d'intégrer cela, de comprendre ce biais et d'apprendre à le combattre sans le reconnaître au préalable.
Il faut donc "muscler" notre cerveau et commencer par prendre conscience de tous ces moments où nous sommes sujets à ce biais. Une fois ceci fait, mettre en place des stratégies pour le contrer est facile. De même, si tu apprends le principe 80/20, il te faudra apprendre à identifier toutes les situations où celui-ci s'appliquer sinon, ce concept ne te servira qu'à briller "en théorie".
La solution ?
Je suis depuis quelques années l'heureux détenteur d'une dizaine de compteurs qui me permettent précisément de reconnaître les concepts un peu abstraits.

À chaque fois que le concept que je cherche à intégrer se présente, je clique !
C'est utile pour :
- Les biais cognitifs
- Les modèles mentaux (type 80/20...)
- Reconnaître tel ou tel schéma narratif, technique d'éclairage ou tactique de persuasion dans un film
- Les mauvaises habitudes (quand on devient conscient du moment où l'on se ronge les ongles, ça devient beaucoup plus dur de continuer)
Honnêtement, ça en est devenu une bizarrerie qui me fait vaguement passer pour un nerd auprès de mes amis mais je suis sûr qu'ils sont simplement victimes du biais de confirmité ! 😉
Débloquer ton avantage injuste
Au cours des dix dernières années, je suis passé d'une démarche de "lire pour lire" à une approche plus consciente et surtout plus efficiente. C'est ce changement qui m'a permis de reprendre du plaisir à lire. Et c'est également ce système qui me permet d'écrire ma newsletter hebdomadaire chaque dimanche, sur des thèmes variés et (je l'espère) intéressants.
Si comme moi à l'époque tu ressens de la frustration après des sessions de lecture, et que celles-ci te donnaient l'impression de perdre ton temps... La solution est sans doute de réduire la complexité de tes systèmes. Essaye d'appliquer les insights qui t'intéressent à tous les domaines de ta vie pour générer de nouvelles idées. Sépare tes notes littéraires de tes notes permanentes. Et trouve une solution pour identifier à la volée les concepts un peu abstraits.
Sur le long terme, le temps transformera chaque livre lu en une accumulation de richesse intellectuelle - un avantage injuste sur tous les autres.
Une nouvelle habitude ?
Un dernier hack pour la route : une excellente habitude que j'ai prise est de finir chaque session de lecture en partageant le meilleur insight découvert à une personne de mon entourage.
Cela me permet non seulement d'entretenir une relation, mais aussi de partager cet insight et d'avoir une discussion à son propos : c'est une connexion supplémentaire qui me permettra de m'en souvenir.
Si cet essai a résonné avec toi, je te recommande de le partager à :
- Cet ami qui vient de se remettre à lire, mais risque de tomber dans l'un des nombreux écueils évoqués plus haut.
- Ce rat de bibliothèque qui ne passe jamais à l'action.
- Cette personne qui pense que les livres, ça ne sert à rien parce que ce n'est que de la théorie.