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10 min de lecture

J'étais déscolarisé jusqu'à mes 23 ans

"Après ses 5 ans à Epitech, il a gravi les échelons en tant que développeur chez LVMH.

Il était excellent, donc il est passé Senior rapidement, puis Lead et après 10 ans de carrière, on lui a proposé un poste de Directeur Technique.

Au cours de ces 20 dernières années, il a eu la chance de pouvoir passer du temps avec ses enfants, petits-enfants et de voyager tout au long de sa retraite bien méritée."

C'est une version de la vie que je suis passé à deux doigts d'avoir, telle que mes proches l'auraient sans doute racontée après ma mort.

Selon tous les standards de réussite en France, cela devait te donner envie. Et pourtant, tu sens bien que quelque chose cloche. Pour ma part, ça me grattait tellement que j'ai quitté Epitech en cours d'année et suivi un autre chemin.

Heureusement, il existe d'autres alternatives aux normes sociales imposées.

Ce que la société valorise

Aujourd'hui encore, les vieilles habitudes ont la dent dure. Nos parents nous exhortaient à faire des études supérieures (après un Bac S bien entendu) pour décrocher un job sécurisé.

Pour ma part, j'étais en fin de 3e année d'études à 26 ans car j'avais eu beaucoup de mal à trouver une école qui me branche.

Je sortais d'une mission de 2 semaines que j'avais effectué pendant la période de Noël chez Shadow, qui lançait la version Beta d'un PC dans le Cloud. Forcément, rien ne marchait donc ils avaient eu besoin de 6 étudiants assez à l'aise avec la Tech pour répondre aux clients énervés.

Et ils avaient trouvé leur bonheur dans les rangs d'Epitech.

J'étais assez zélé. Je travaillais souvent toute la nuit pour assurer un support 24/7 même si nos horaires d'ouverture étaient plus restreintes.

Répondre à des clients énervés peut paraître nul, mais l'univers était celui de la Tech et on échangeait principalement avec des gamers. Je me sentais donc dans mon élément... et j'avais l'impression de faire enfin quelque chose d'utile.

Quand on m'a proposé de rester chez Shadow, j'ai un peu hésité à arrêter mes études.

Évidemment, mes parents ont sauté au plafond. Et mes camarades d'école aussi. J'ai entendu des remarques du genre :

"À ta place, je finirais Epitech... Je ne voudrais pas avoir payé et fait 3 années d'étude pour rien."

Comme si les compétences acquises durant ces 3 ans n'avaient aucune valeur sans le bout de papier délivré à la fin.

La suite bien sûr, c'est que j'ai quitté Epitech pour me lancer dans l'inconnu.

À 26 ans, j'avais presque perdu espoir de rejoindre un parcours entrepreunarial et je regardais avec envie mes quelques connaissances qui avaient fait des choix différents et paraissaient s'amuser comme des petits fous.

Je parle ici d'entrepreneurs bien sûr, mais aussi d'artistes ou même de salariés qui ont décidé de travailler différemment.

Quelque part, nous faisons le choix délibéré de voir un ensemble d'individus comme étant tous relativement similaire (nous sommes tous humains). Mais nous pourrions aussi choisir d'accepter le fait que tout le monde est dans une moindre mesure atypique !

Le seul problème de ce second paradigme, c'est que l'accepter signifie que personne ne peut suivre une recette toute faite pour accéder au bonheur. Chacun doit devenir le cartographe de sa propre transformation.

J'espère dans cette newsletter te démontrer qu'embrasser ce paradigme est possible.

Le mythe de l'entrepreneur libéré

Quand on fréquente les réseaux sociaux, il paraît évident que l'entrepreuneuriat est le chemin salvateur de la libération. On retrouve sur LinkedIn de nombreux entrepreneurs qui ont échappé à l'esclavage du CDI traditionnel et s'épanouissent dans leur nouvelle activité :

En réalité, ils redécouvrent la Hustle Culture... avec un assaisonnement différent.

Attention : je ne dis pas qu'on ne peut pas s'épanouir dans l'entrepreuneuriat. Mais la recherche d'une activité alignée n'est pas nécessairement en corrélation avec ta source de revenus.

Après tout, qu'est-ce qui frustre la plupart des salariés dans leur job ?

L'immobilisme et le manque de levier.

Peut-être as-tu déjà connu cela ? La sensation de faire partie d'une entreprise avec un projet qui te parle, mais de ne pas avoir d'impact. L'impression qu'à moins de faire partie du top management, tu n'auras jamais voix au chapitre.

C'était un peu ma crainte en rejoignant Shadow.

En décembre 2016, le produit était largement instable. Le support client se faisait copieusement insulter par les 500 premiers clients. Il y avait des problèmes hardware, software... Notre datacenter a même pris feu (littéralement) à deux reprises.

J'étais tout en bas de l'échelle - le service client étant généralement le département par excellence qui n'a jamais voix au chapitre. À l'époque, mon manager direct voulait embaucher un Directeur Support avec des dizaines de bouteille.

Et j'ai décidé de me battre pour obtenir le poste, du haut de mes zéro années d'expérience.

Ça a commencé par des messages spontanés que j'envoyais aux trois co-fondateurs. Des rapports avec des verbatims clients, de la donnée sur les points bloquants du produit... Par chance, ces derniers étaient très intéressés par ces retours du terrain auxquels ils n'avaient habituellement pas accès.

Ensuite... tout s'est accéléré.

On prévoyait de rentrer 2.500 clients en mars 2017, il fallait donc recruter une petite équipe. Je me suis donc chargé du recrutement et du pilotage de celle-ci et on a repoussé le recrutement d'un gars plus expérimenté que moi.

Au même moment, la nécessité d'avoir un lab de reproduction de bugs s'est présentée, car identifier les causes racines des problèmes était trop difficile. J'ai pris en charge ce projet, recruté une alternante...

Puis la boîte a grossi :

On était 20 quand je suis arrivé, on était près de 300 fin 2017.

La communication interne allait à vau-l'eau. Personne ne voulait s'occuper de cette tâche ingrate, j'ai donc pris ce sujet en charge. Et co-piloté le lancement en Allemagne et en Angleterre. Et recruté une équipe internationale pour ces pays, puis pour les US.

Sur mon temps libre, j'avais développé deux apps qui utilisaient l'IA respectivement pour catégoriser les demandes entrantes et pour détecter les clients susceptibles de résilier.

On avait aussi mis en place tous les outils support classiques (centre d'aide, formation, assurance qualité...) ainsi qu'un processus d'onboarding qui avait permis de réduire les résiliations de moitié sur le premier mois d'abonnement.

En 2019, j'étais au comité de direction, je dirigeais une équipe internationale de 40 personnes, j'avais une alternante, une stagiaire...

Et j'avais doublé deux fois mon salaire.

Ce furent trois années intenses, épuisantes, chaotiques mais que je n'échangerais pour rien au monde. Vers la fin, je me sentais au bout du rouleau. Physiquement comme mentalement.

Il était grand temps de prendre du recul.

Cette expérience m'a appris qu'on a tendance à regarder les mauvais critères quand on cherche un job :

Salaire > Localisation > Cadre de travail

Ce sont certes de bonnes bases, mais ces éléments permettent de s'épanouir sur le court-terme !

En revanche, si l'on regarde :

Environnement > Interlocuteurs > Opportunités

On a de grandes chances de s'épanouir.

Un environnement qui favorise la responsabilisation de chaque individu récompensera tes efforts quel que soit ton poste.

Des interlocuteurs à l'aise pour donner, recevoir du feedback et échanger avec ceux qui veulent faire bouger les choses... C'est ce qui te permettra de faire bouger les lignes et d'avoir du levier.

Enfin, une entreprise avec plus de problèmes que de bras pour les résoudre t'offrira de multiples opportunités de faire tes preuves. Elle aura en plus de cela une forte croissance, ce qui t'assurera une réserve infinie de puzzles à résoudre.

Il faut un peu de chance pour trouver la bonne entreprise.

Le 80/20 des résultats se joue lors du choix de celle-ci, pas une fois en poste.

Mais, après trois ans d'ébullition dans cette première expérience, j'étais dans un était d'esprit bien différent. Mener à bien des tas de projets et grimper l'échelle de la carrière professionnelle me parlait plus.

Inversion : faire plus avec moins

Shadow, c'était pour la phase d'expansion.

J'ai fait beaucoup, très vite :

Littéralement : travailler plus pour apprendre plus... et gagner plus.

Je ne vais pas te mentir, j'ai fini sur les rotules. En conséquence, la phase suivante était différente : c'était une phase de compression. Je voulais me reposer sur ces compétences nouvellement acquises pour maintenir mon salaire, sans me tuer à la tâche.

En somme : travailler moins... pour gagner autant.

J'ai donc appliqué la méthode inverse :

  1. Chercher une entreprise déjà bien installée
  2. Avec des managers qui récompensaient la stabilité plutôt que l'innovation
  3. Sans grand changement à l'horizon

Ces trois critères étaient réunis dans mes 4 expériences suivantes, qui ont duré un an environ dans plusieurs startups du Next40 et Tech120.

Le protocole était simple :

Je définissais avec mon manager des objectifs ambitieux. J'atteignais puis dépassais ces objectifs systématiquement. Je consacrais une partie de mon temps à optimiser les processus de mes équipes, pour gagner du temps dans le futur.

Et le reste de mon temps, je pouvais le consacrer à des projets persos.

J'ai donc bossé entre 4 et 6 heures par jour en CDI dans 4 boîtes différentes. En obtenant d'excellentes revues de performance, et avec des challenges modérés mais omniprésents.

Quand le poste n'était plus assez intéressant, je cherchais une nouvelle aventure.

Ce qui rendait ce modèle épanouissant pour moi, c'était la possibilité de faire d'autres choses à côté :

Je commençais à lire davantage, à créer du contenu, à faire du coaching...

Et à m'intéresser à l'automatisation.

Pour obtenir cette deuxième forme d'émancipation, il y a un seul élément mais il est totalement indispensable.

Il faut savoir dire non :

Il faut rentrer dans cette mentalité :

Mon entreprise me paye pour faire un job. Je vais le faire très bien et dépasser les attentes. Mais je ne vais PAS compenser des manquements humains organisationnels avec mon temps.

Pour donner quelques exemples de comme cela se traduit :

En travaillant de la sorte, on ne grapille pas tous ces "points" positifs à droite et à gauche. Mais on se rend rapidement compte seul le 80/20 de notre travail est remarqué par un manager.

La performance, c'est l'art d'identifier ce qui est important et de très bien le faire.

Je pense que la plupart des personnes qui ne sont pas fondamentalement carriéristes sont amenées tôt ou tard à rentrer dans une phase de compression. Et ça tombe bien car...

Monétiser sa passion est un jeu de patience

Ce qui colle tous les entrepreneurs dans la panade, c'est la première année. Parce que les réserves financières s'épuisent plus vite que prévu... et que les revenus augmentent moins vite que prévu.

Je connais très peu d'entrepreneurs qui ont généré des revenus satisfaisants la première année. Inversement, je connais très peu d'entrepreneurs qui ont lancé leur projet passion en sous-marin pendant plusieurs années... et qui n'ont pas pu en vivre après avoir effectué la bascule.

Pour gagner de l'argent, tu as besoin de trois choses :

  1. Une compétence
  2. De la visibilité
  3. Des ventes

Et spoiler alert : aucun de ces trois éléments ne se construit en quelques mois.

Si tu n'aimes pas fondamentalement ce que tu fais, tu vas t'essouffler bien avant d'avoir atteint un quelconque objectif. C'est la raison pour laquelle les projets d'entrepreuneuriat alimentaire sont voués à l'échec.

Je connais plusieurs entrepreneurs qui gagnent vraiment bien leur vie... mais se demandent tous les 6 mois s'ils ne vont pas tout arrêter.

C'est un peu ce qui m'est arrivé quand j'ai monté un business autour de l'IA.

Après 3 mois, je générais 2.000€ de revenu mensuel, mais je sentais que m'essoufflais. C'est pourquoi je me suis recentré sur l'écriture : partager mes réflexions, c'est quelque chose que je fais depuis toujours et l'idée de continuer à le faire pendant le reste de ma vie m'enthousiasme !

Actuellement, je développe ma compétence d'écriture, j'essaye de m'améliorer. Je n'ai pas encore beaucoup de visibilité et je n'ai pas encore d'abonné Premium. C'est un work-in-progress : je cherche le bon modèle.

Et cette émancipation va prendre du temps.

Mais c'était important pour moi de lancer cette newsletter même sans avoir trouvé LE bon modèle. Parce que ça me permet d'obtenir du feedback :

Mes stats actuelles au 17/12/2025

Ce qu'il faut retenir ici : jette à la poubelle la mentalité tout ou rien.

Montrer ton travail même imparfait dès aujourd'hui, c'est pousser le premier domino de la visibilité. Recevoir du feedback te permettra de t'améliorer... et dans quelques années, tu auras toutes les cartes en main pour monétiser.

Si tout était à refaire...

Je me suis senti aligné et épanoui dans chacune de ces trois phases (expansion, compression, émancipation). Ce parcours reste très personnel et un individu donné peut parfaitement être très heureux dans l'une de ces phases en particulier ou les vivre dans un ordre différent.

Mon plus grand regret concernant ces dernières années, c'est d'avoir voyagé à travers ces phases en autopilote, sans prendre le temps d'une réflexion délibérée.

J'ai eu la chance de rebondir d'une phase à l'autre sans y laisser de plume, mais si c'était à refaire, un peu d'introspection m'éviterait beaucoup de stress et d'émotions négatives. À certaines périodes, je me suis senti perdu. J'ai eu du mal à connecter avec ma famille, mes amis, ma fille...

Quand tu te projettes sur ton lit de mort, est-ce qu'il y a un chemin que tu pourrais regretter de ne pas avoir suivi ? Une porte que tu aurais pu ouvrir ?

C'est peut-être pour toi le début d'une nouvelle aventure.

Si ton cerveau crée de la friction et que tu sens de la résistance, c'est qu'il faut faire le grand saut et embrasser pleinement ta phase d'expansion, de compression ou d'émancipation.

Si tu ne devais retenir qu'une seule chose de cet essai, voici les trois croyances que je te recommande de cultiver.

Expansion : avec les bonnes conditions, tu peux gravir les échelons rapidement et avoir un impact démesuré dans ton entreprise.

Compression : tes résultats ne dépendent pas de ton temps de travail mais de ta capacité à investir ton temps sur les bonnes priorités.

Émancipation : commencer très tôt est le hack ultime pour garantir ton succès.


Si cet essai a résonné avec toi, que tu te reconnais dans les situations décrites et que toi aussi tu cherches des alternatives aux chemins tout tracés...

Écris-moi à emmanuel@moreau.world ! Ça m'intéresse d'échanger avec toi.